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Le Pays Bassari et les Minorités Ethniques

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Le Pays Bassari et les Minorités Ethniques
L’éthnie Bassari
Population :
On estime la population de l’éthnie entre 10 000 à 15 000 personnes.
Localisation géographique : Les Bassari se situent sur la frontière entre le Sénégal et la Guinée, une partie vivant au Sénégal et l’autre en Guinée (faible partie).

Langue parlée : Le Bassari appartient au groupe linguistique tenda, il existe des variantes entre la langue des Bassari de Guinée et celle des Bassari du Sénégal.

Historique :
Le terme bassari est utilisé par les Manding pour désigner une population du groupe ethnolinguistique tenda qui eux-mêmes s’appellent les Belyan.
D’après une légende, les Basssari seraient des descendants de l’empire Peul païen, fondé au Ve siècle par Koli Tenguella.

Organisation sociale :
Cette population qui a vécu longtemps isolée dans un habitat troglodytique a conservé une organisation de type matrilinéaire et structurée en classes d’âge. Ce matrilignage implique que les femmes possèdent une place importante au sein de la société, sans pour autant que celle-ci soit matriarcale. L’enfant reçoit le nom de sa mère et c’est à l’oncle maternel d’éduquer l’enfant. Lors de l’initiation du jeune garçon, l’oncle maternel devra également combattre les masques aux côtés de son neveu.
Le principe des classes d’âge équivaut à la fois à un ensemble de normes sociales mais également à un code de conduite à suivre au sein de l’ethnie en fonction de son âge. Il existe onze classes, identiques aussi bien chez les hommes que chez les femmes, chacune séparée de l’autre par six années. L’on compte parfois une douzième classe d’âge en incluant la toute première des enfants de 0 à 6 ans mais celle-ci n’est pas régie par les mêmes codes et les mêmes obligations. Tous les membres de l’ethnie d’une même classe d’âge changent de classe au même moment lors d’une fête appelée Ekapa qui symbolise ce passage.
Chez les Bassari, il existe un nombre restreint de noms de famille, l’on peut en compter sept : les Bendia, les Bouban, les Bidian, les Biess, les Biankez (qui s’occupent de l’initiation), les Bonang (responsables de la montagne)…
Contrairement aux Bédik, les chefs de village ne proviennent pas d’une seule famille.

Principales activités :
Comme les Bédik, les Bassari étaient principalement des chasseurs cueilleurs. Ils continuent ces pratiques tout en cultivant pendant l’hivernage. Les hommes font de la vannerie mais l’artisanat est peu pratiqué chez les Bassari. La vannerie bassari est faite en feuilles de rônier, au préalable bouillies et séchées. Les grands paniers dits bassari d’1 mètre de hauteur et de 0,50 m de diamètre sont recherchés.
Les forgerons réalisent un peu d’armes et de bijoux en fer (particulièrement pour les cérémonies).

Religion :
Les Bassari concilient l’animisme et la religion catholique qui comme toutes les religions révélées leur a ôté une grande permissivité dans leur mode de vie et notamment sur le plan sexuel. Aujourd’hui certains Bassari immigrés en ville commencent à opter pour la religion musulmane.
Chaque groupe de village possède son fétiche qui servira lors de l’initiation. Le fétiche est un lieu sacré, quelque peu éloigné du village et souvent marqué par un tas de pierres. L’on peut ajouter que le caméléon est le totem des Bassari qui se disent eux-mêmes « fils du caméléon ». Choisi pour ses vertus, cet animal est réputé arriver toujours à ses fins et sa lenteur est perçue comme une preuve de sagesse.
Trois personnages jouent un rôle important dans leur religion : Kartes (dieu), Lukuta (diable) et Couyé (Esprit des ancêtres).

Principaux rites et fêtes :
A la fin de la saison sèche, au début du mois de mai, les Bassari organisent l’un des principaux rituels qu’est celui de l’initiation. Elle symbolise la mort du jeune garçon qui va renaître en tant qu’homme, fils du caméléon. Toute la famille du futur initié prépare le rituel, l’ensemble des parents sera présent et tous apporteront des cadeaux, formant ainsi une grande chaîne de solidarité. Avant l’initiation, un coq est sacrifié et ses entrailles annonceront le bon déroulement ou non de l’initiation. Le moment clé de ce rituel est la rencontre d’un masque avec le jeune garçon secondé par son oncle maternel. Le combat, qui aujourd’hui n’est plus violent, permet aux futurs initiés d’affronter leurs peurs et d’apprendre la maîtrise de soi. Il se déroule dans une clairière et doit être à l’abri du regard des femmes et des non-initiés. Les masques sont nombreux et forment la « société des masques », ils représentent les ancêtres morts qui continuent à encadrer la société des vivants, ils sont garants de la cohésion sociale et du bon fonctionnement de la société bassari. A la fin du combat, les masques s’en vont et les enfants partent pour le bois sacré où ils vont renaître en tant que fils du caméléon. Si, autrefois, cette période pouvait s’étendre jusqu’à six mois, les obligations modernes telles que l’école principalement, ont réduit la durée du séjour à une, deux ou trois semaines selon les disponibilités de chacun. Aujourd’hui, l’initiation reste surtout symbolique et lors du premier crépuscule, les enfants rentrent au village dans une case spécialement préparée pour eux. Lors de leur retour définitif au village, les enfants ne savent plus parler leur langue. Ils doivent réapprendre les gestes les plus élémentaires comme celui de marcher, de manger, on leur présente à nouveau leur mère, leurs frères et sœurs ainsi que l’ensemble de leur famille.
Le statut d’initié au sein de la société bassari est celui d’un homme responsable, il peut à présent prendre la parole lors des assemblées et prendre des décisions.

Ouverture de la société :
Il est certain que l’ouverture du pays ainsi que les facteurs d’évolutions tels que la généralisation de la scolarité et de l’exode rural amènent de profonds changements dans la société Bassari. Si les pratiques sacrées tendent à évoluer, les mentalités font de même et l’on peut se demander dans quelle mesure des rituels peu compatibles avec une modernité galopante pourront survivre.
Cependant, les Bassari plus que d’autres minorités ethniques ont compris la nécessité de préserver leur culture. L’intérêt et la considération que leur montrent les touristes ont fait entrer les Bassari dans une autre logique, celle de la mise en scène de certaines pratiques, de certains rites. La notion même d’ethnie minoritaire est à leurs yeux importante à défendre pour en faire reconnaître tant la particularité culturelle que les risques de contagions d’autres cultures et à terme de disparition.

L’éthnie Bedick

Population : Il est très difficile d’estimer la population Bédik d’autant que les derniers recensements sont anciens et approximatifs. Certains énoncent le chiffre de 7 à 8 000 personnes mais ce dernier reste incertain aux vues de l’accroissement rapide de la population et de l’exode rural.

Localisation géographique : cercle de Kédougou, zone de Bandafassi. L’ethnie se répartit sur plusieurs villages tels que Etyowar et Bantata, Andiel, Iwol, Ethiès, Courouňoto entre autres.

Langue parlée : Comme le Bassari et le Coniagui, le Bédik appartient au groupe ethnolinguistique tenda.

Historique :
L’ethnie Bédik est une population originaire de l’Empire Mandingue c'est-à-dire du Mali. Une partie de l’ethnie semble déjà installée au Sénégal quant ont lieu divers mouvements de population provoqués par la recherche de nouvelles terres mais également par l’exil de certains peuples qui fuient la colonisation peule et l’islamisation. L’on raconte que lorsque que les Keita, l’une des familles Bédik, arrivent à Bandafassi au pied de la montagne Mbaniang, les Camara, autre famille de l’ethnie, vivaient déjà sur cette même montagne pour se protéger des assauts répétés d’Alpha Yiayia, chef guerrier de la Guinée Conakry. L’on raconte également que les deux familles communiquaient par l’intermédiaire de génies transformés en hiboux. Les Camara proposent bientôt aux Keita de les rejoindre sur la montagne près du buisson sacré, autour duquel ils vivent. Ces derniers répondent par un compromis. Chaque famille partira de chez elle au matin et là où elles se rencontreront s’érigera le nouveau village Bédik. C’est ainsi que serait né le village d’Etyowar qui surplombe Bandafassi et la plaine de Kédougou, village ancestral et sacré où les Bédik célèbrent encore les fêtes traditionnelles. Cependant, des années plus tard, le manque d’eau et l’isolement poussent une partie des habitants d’Etyowar à venir s’installer dans la plaine, non loin des puits ou du forage. Les enfants ont également plus de facilités pour rejoindre leur école. Ces Bédik descendus au village de Bandafassi y créent deux quartiers : Indar et Mbaniang.

Organisation sociale :
Il existe plusieurs clans chez les Bédik et notamment les Mbiwol, les Mbanapas et les Mbouňolo. Les Mbanapas occupent les villages d’Etyowar et de Bantata, les Mbiwol se trouvent à Andiel, à Iwol et à Ethiès et les Mbouňolo habitent à Samal et Courouňoto. L’on peut voir chez certaines femmes Mbiwol, la pratique d’un rite archaïque qui est de porter dans le nez une épine de porc-épic.
La société bédik s’organise sur le mode patrilinéaire : les enfants portent le nom du père. Les noms de famille sont en nombre restreint et diffèrent légèrement selon les clans. L’on trouve chez les Mbanapas trois familles qui possèdent dans l’organisation de la société une place précise : les fêtes sont préparées par les chefs coutumiers, responsables du secret et membres du clan Camara, qui décident de la date du rite et de la façon dont celui-ci va se dérouler. Leur pouvoir s’équilibre avec l’autre clan, celui des chefs de village, les Keïta, qui sont aussi les dépositaires des classes d’âge. La troisième famille est celle des Samoura, forgerons, qui ont la charge d’arbitrer l’ensemble des conflits de la société bédik. Chez les Mbiwol comme chez les Mbouňolo, on retrouve les Keita, les Camara, les Sadiako peuvent également être chefs coutumiers et les forgerons se nomment Kanté. Il existe également un nombre restreint de prénoms : sept pour les filles et sept pour les garçons qui indiquent l’ordre de naissance au sein la famille. Par exemple, toutes les filles aînées s’appellent Niano, les secondes s’appellent Couma, les troisièmes Pena… Les garçons se nomment Charo, Tama, etc.
Si la valeur symbolique de l’initiation est identique pour les trois clans, le rite des Mbanapas est un peu différent de celui des deux autres clans. Chez le Mbiwol et les Mbouňolo, les enfants après le combat avec les masques passent six mois en brousse dans le bois sacré. A leur retour, ils intègrent directement la case coutumière des adultes. L’initiation Mbanapas se fait en deux phases : les jeunes circoncis de 13 ou 14 ans ne passent que trois mois dans le bois sacré et intègrent ensuite une première case coutumière. Lorsqu’ils atteignent une vingtaine d’années, ils passent une seconde étape de leur initiation avant de pouvoir accéder à la seconde et dernière case coutumière, celle des adultes. Ils sont donc considérés comme des êtres responsables qui possèdent un certain nombre de savoirs et de connaissances tant sur les pratiques bédik animistes que sur la vie en général. La classe d’âge qui va suivre l’initiation est elle-même divisée en cinq classes d’âge. La quatrième et la cinquième, les plus prestigieuses, indiquent une aptitude à gérer les lois de la famille et de la société. L’on passe d’une classe à l’autre lors de la fête des fiançailles, juste avant l’initiation.

Principales activités :
Les Bédik, autrefois cueilleurs et chasseurs sont aujourd’hui, pour la plupart, agriculteurs. Les récoltes des trois mois de saison des pluies doivent suffire à nourrir le groupe toute l’année durant. Cependant, de nombreux hommes continuent à pratiquer la châsse et les femmes s’adonnent à la cueillette pour compléter certains repas.
Les femmes Bédik font de la poterie. La terre rouge et granuleuse est choisie avec soin dans un lieu que les ancêtres achetaient autrefois aux génies par un sacrifice humain. A présent, les génies doivent se contenter du sacrifice d’un coq ou d’une chèvre. Si les entrailles du coq sont blanches, la terre sera bonne. Les femmes font cuire leurs poteries dans de grands fours creusés à même la terre et recouverts de poteries cassées. Les canaris, grosses jarres en terre, seront vendus au marché de Kédougou. Faute de moyens de transport, il arrive souvent que les femmes fassent les quinze kilomètres à pied, le canari sur la tête.
Les hommes Bédik, souvent les anciens, font de la vannerie, réalisée avec des écorces de bambou. Une partie des écorces est teinte par un système de cuisson avec d’autres écorces de couleur. Ils réalisent tant de petits objets pour les touristes que de larges panières qui serviront notamment à vanner le mil.

Religion :
Certains Bédik se disent animistes catholiques, d’autres catholiques animistes mais tous concilient sans aucun problème les deux pratiques religieuses. Le monothéisme se mêle à un ensemble complexe et très précis de croyances : les Bédik croient en l’existence des génies et des choses surnaturelles. Les masques, par exemple, hommes vêtus de feuillages et dont le visage est toujours caché, sont les représentants des différents clans de l’ethnie. Pour les Bédik, loin d’être des hommes costumés, ils sont la manifestation réelle des ancêtres et des esprits de brousse bienveillants pour le village. Ces masques sont présents à presque toutes les fêtes du calendrier Bédik et leurs danses, au caractère souvent ludique, peuvent avoir pour but d’encourager les trav ailleurs lors de corvées aux champs ou d’apporter émulation et enthousiasme. Ils sont l’incarnation des génies, protecteurs de la société et garant de la cohésion sociale.

Principaux rites et fêtes :
Le calendrier bédik compte sept grandes fêtes qui sont des occasions de réjouissance, de repas plus copieux, de danses et de chants mais elles sont surtout constituantes du lien social et de l’identité du groupe ethnique. Si les gens tendent à venir vivre en plaine, la plupart des fêtes sont encore célébrées dans les villages ancestraux. Les habitants de la plaine sont alors accueillis chez leurs parents avec qui ils passent les trois jours ou plus de célébration.
L’une des principales fêtes du calendrier Bédik se nomme Gamond, fête des femmes et de la fertilité. Dernière fête avant la saison de pluies, elle est censée déterminer la quantité des semailles et la réussite de l’ensemble des travaux agricoles qui vont s’initier durant l’hivernage. Avant la fête de Gamond, se succèdent deux activités importantes : l’une dévolue aux hommes, l’autre aux femmes. La première est bien sûr la châsse, menée par les hommes qui ont entre quinze et trente ans. Ces derniers doivent ramener tout le gibier qui sera consommé pendant la fête. Quant aux femmes, elles ont pour charge de préparer la bière de mil dont la préparation dure de huit à dix jours.
La fête de Gamond dure une semaine et chaque jour « appartient » à l’une des familles. Elle s’ouvre le jeudi : au matin, les jeunes garçons non initiés, accompagnés de hommes partent dans la forêt à la recherche des masques, qui apparaissent les uns après les autres. Les six masques (deux par clans) escortés par les enfants qui chantent leurs louanges font irruption sur la place du village où attendent les femmes et tous les autres habitants. Sur la place du village, au milieu du cercle, se déroule une bastonnade : hommes et masques se frappent aux mollets. Plus les coups sont vigoureux plus les récoltes seront abondantes. Les femmes dansent et chantent parfois jusqu’à la transe. Ces dernières ne peuvent voir certains masques et elles se plient de façon systématique à cette obligation sociale. Toutes doivent cependant apporter un petit canari de bière de mil. Cette bière est censée animer la fête en donnant plus d’énergie aux danseurs, plus de liesse à l’ensemble des participants.
Le lendemain, le vendredi, est le jour des Keita et le samedi celui des Camara. Mais, à partir du samedi soir, arrivent des masques différents. Ils sont munis de coupe-coupe et viennent voir si la fête du coq aura lieu le lendemain. En effet, chaque futur initié doit immoler un coq le dimanche. Pour que les masques puissent savoir combien de coqs seront sacrifiés, tous les jeunes apportent un petit canari de bière de mil : il suffit donc de compter les canaris. Le dimanche matin, très tôt, l’on peut apercevoir sur la montagne sacrée, les masques qui guettent le levé du soleil avant de descendre sur le village faire le tour des maisons où un coq doit être immolé et dont le sang sera répandu. Chaque famille prépare un plat avec le coq et tous ses mets sont apportés au grand masque, père de tous les masques, dans un lieu aménagé pour lui. Puis les plats sont partagés entre les hommes. La fête se poursuit jusqu’au mercredi suivant mais les journées les plus importantes restent le jeudi et le dimanche. Ce n’est qu’une fois la fête terminée que les Bédik pourront commencer leur travail aux champs.

Ouverture de la société :
« Ce sens profond de la fête est la meilleure garantie du maintien de ce patrimoine immatériel fait de chants, de danses, de rituels, de croyances. Il est néanmoins menacé par le risque de désertification des villages du plateau qui souffrent tous de l’insuffisance d’eau et sont peu à peu abandonnés par les populations qui vont chercher en plaine des terres plus faciles à cultiver. Or c’est dans ces villages que se trouvent tous les repères symboliques autour desquels s’organisent les rituels.
L’éthnie Dialonké

Population :
S’il est déjà difficile de déterminer la population des ethnies minoritaires, la population de l’ethnie dialonké est encore plus difficile à estimer. Un exode rural précoce et important empêche en effet toute approximation.

Localisation géographique :
Ce peuple est originaire de l’Empire Mandingue. A l’éclatement de celui-ci, une partie de l’ethnie se dirige en direction du Sierra Leone, une autre vers la Guinée, dans la zone du Fouta Djallon. Les Dialonké semblent très proches des Soussou de Guinée, tant par la langue que par les traditions et l’on suppose que ces deux groupes sont issus d’une même ethnie, les Soussou s’étant installés dans la zone de Bani et les Dialonké dans le Djallon (haute guinée) d’où leur nom. L’ethnie dialonké ne représente au Sénégal qu’un petit groupe isolé. Elle est localisée dans le cercle de Kédougou, plus précisément dans la zone de Fongolimbi à la frontière guinéenne. Cet arrondissement compte quinze mille habitants sur 2311 km2 et se compose de trois communautés rurales.

Langue parlée :
Leur langue appartient au groupe mandé fou apparenté au soussou et au mendé.

Historique :
Après l’éclatement de l’Empire Mandingue, les Dialonké, aux côtés des Bédik et des Coniagui, se dispersent. La fuite des ethnies devant l’invasion peule et la création de nouveaux foyers de peuplement ont très probablement contribué au mélange des ethnies qui conservent aujourd’hui encore de nombreux points communs. C’est au XIIe siècle qu’a lieu l’installation des principales familles dans le Fouta : les Camara, les Niakhasso et les Keita, toutes trois issues de la caste des rois de l’Empire Mandingue.
En 1694, a lieu une violente invasion peule visant à l’islamisation des populations : certains Dialonké sont convertis ou assimilés, d’autres tués, réduits à l’esclavage ou chassés. Mais l’ethnie fait preuve d’une forte résistance face à l’envahisseur, ce qui conforte une bonne partie de l’ethnie dans les pratiques animistes.
L’on raconte que la mère du conquérant Alpha Yiayia était elle-même Dialonké, ce qui n’aurait pas empêché son fils de lancer dans les années 1880 des attaques contre les grands villages de l’ethnie. Mais le guerrier essuie plusieurs échecs car leur défense est féroce et bien organisée : la région du Fouta Djallon restera la zone d’habitation de l’ethnie. La population s’étend et, il semble que les premières migrations en direction du cercle de Kédougou datent des années 1885. L’arrondissement de Fongolimbi est depuis lors le siège de l’ethnie Dialonké au Sénégal. C’est là que vivent de nombreuses autorités dialonké, les chefs coutumiers et une bonne partie de l’ethnie.

Organisation sociale :
La société dialonké se divise en trois classes d’âge. La première, qui commence à la naissance, va jusqu’au quinzième anniversaire du jeune dialonké. La deuxième classe comprend les jeunes gens jusqu’à ce qu’ils atteignent entre trente cinq et quarante ans. Suit la troisième et dernière classe d’âge. Si la première est l’âge de l’enfance et de l’absence de responsabilité, la deuxième classe est considérée comme une pièce maîtresse de la société dialonké, représentant la force de travail, l’âge de la procréation, tout le dynamisme de la société. La dernière classe est bien sûr synonyme de sagesse, de savoir mais également de pouvoir. Elle doit transmettre aux jeunes hommes les secrets de la société afin qu’ils sachent à leur tour la régir avec intelligence et dans le respect de la tradition. Les anciens doivent être des modèles et sont censés faire montre d’un comportement irréprochable.
Chez les Dialonké, ont compte un nombre restreint de noms de famille : les Niakhasso, les Keita et les Camara, noms des anciens rois mandingues, les Danfara, esclaves de ces rois, les Cissokho, les Dianiokho, les Kundira, griots ou forgerons. Aujourd’hui, la distribution des tâches est plus fluctuante qu’autrefois : les chefs de village sont par exemple élus par la population et peuvent appartenir à n’importe quelle famille.
Autrefois, les prénoms étaient au nombre de sept pour les filles et sept pour les garçons puisque l’on donnait à l’enfant le nom du jour de sa naissance. Aujourd’hui, l’islamisation a ouvert le nombre des possibilités et les enfants portent très souvent le nom de prophètes de l’Islam.

Principales activités :
Les Dialonké, originellement chasseurs et cueilleurs sont aujourd’hui agriculteurs. Le village de Fongolimbi est connu pour l’abondance de sa production de mangues. Malheureusement, la route qui va de Fongolimbi jusqu’à la plaine est particulièrement mauvaise et il arrive fréquemment que les fruits pourrissent faute d’avoir pu être acheminés jusqu’aux marchés de la vallée.
Les Dialonké pratiquent un artisanat varié, ils réalisent non seulement de la poterie et de la vannerie mais encore du tissage.

Religion :
Les Dialonké sont majoritairement musulmans mais conservent des croyances animistes. Si l’islamisation peule a débuté très tôt sur les terres Dialonké, l’esprit de résistance face à l’envahisseur les a confortés dans leurs pratiques animistes. L’on suppose que c’est en partie l’accession du Sénégal à l’indépendance qui a favorisé la véritable islamisation des Dialonké. Ceux-ci souhaitaient alors s’intégrer d’avantage à la communauté nationale. Ainsi de nombreuses personnes se sont alliées aux convertis plus anciens.
Les pratiques musulmanes ne vont pas à l’encontre de certaines pratiques animistes. L’on pense par exemple aux interdits alimentaires qui se retrouvent dans les deux religions. Si l’Islam interdit la consommation de porc, l’animisme possède les « lignages totem » prohibant à chaque famille la consommation d’un animal précis. Aujourd’hui, les grandes fêtes de l’islam marquent le calendrier de la société Dialonké, mais subsistent encore quelques fêtes animistes très respectées, particulièrement dans l’arrondissement de Fongolimbi.
Les Dialonké continuent à sacrifier des coqs et à offrir de la farine de mil aux divinités. Ces dernières sont appelées « Djallon » et résident dans le lieu même du sacrifice. Des noms plus précis sont donnés pour désigner les esprits bons ou malveillants, les divinités blanches ou noires. Les officiants sont souvent les chefs de famille ou des sacrificateurs spécialisés. Ils sont savoureusement appelés en français : « les hommes d’affaire » et appartiennent à la famille des Camara et des Niakhasso.

Principaux rites et fêtes :
L’un des rites principaux de la société Dialonké est celui de l’initiation qui englobe la circoncision de l’aspirant et le séjour dans le bois sacré. L’initiation permet à l’enfant le passage dans la classe des adultes responsables. Cependant, la société Dialonké a fortement évolué et il ne reste de certaines pratiques que le souvenir des anciens eux-mêmes initiés selon la tradition. Autre fois, la circoncision avait lieu lorsque le jeune garçon avait atteint une taille suffisante et possédait certaines caractéristiques de force physique. Il devait par exemple être capable de porter un certain poids, de parcourir une certaine distance en courant. Cela signifiait qu’il était prêt à devenir un homme. La date du rituel était fixée après les récoltes et les futurs initiés étaient déjà pris en main par leurs aînés qui les éloignaient de leurs camarades plus jeunes. Une fois passée la circoncision, les jeunes garçons prenaient le chemin du bois sacré pour une durée de un à deux mois. Là bas, leurs aînés les confrontaient à la souffrance physique et à des labeurs pénibles afin de les préparer aux souffrances qu’ils auraient à affronter lors de la création de leur propre foyer. Les aînés devaient « ouvrir les enfants à la souffrance du monde ». Après cette période, les initiés rentraient au village et pouvaient accéder à la case des adultes. Le mariage ne tardait pas à suivre. Il en était de même pour les filles : après le rite de l’excision, les jeunes filles devenues femmes pouvaient être données en mariage. Aujourd’hui, cette tradition est de moins en moins suivie, l’excision est désormais interdite par l’Etat sénégalais et n’est, en théorie, plus pratiquée. Les garçons sont maintenant circoncis peu après leur naissance et l’exode rural dilue une tradition devenue archaïque pour beaucoup de Dialonké. Les enfants des Dialonké partis depuis longtemps à la ville ne sont presque plus envoyés au village pour y être initiés.

Ouverture de la société :
Il est intéressant de constater comment cette ethnie minoritaire allie tradition et modernité. L’exode rural des Dialonké se pratique depuis longtemps et l’on retrouve des membres de l’ethnie dans de nombreuses grandes villes du Sénégal telles que Tambacounda, Kaolack, Dakar mais également Ziguinchor et Kolda. Nombreux sont ceux qui retournent peu ou pas aux villages ancestraux. Les pratiques animistes tendent à s’effacer au profit des traditions de l’Islam déjà bien ancrées et ce jusque dans les cérémonies principales telles que le baptême, le mariage… Cependant, loin d’abandonner leur culture ethnique, certains Dialonké se sont très fortement mobilisés autour de l’Association pour le Développement culturel et artistique des Dialonké (ADCAD). Cette association a été créée par réaction au dernier festival : les Dialonké ont pris conscience du peu de documents qu’ils étaient capables de fournir sur leur ethnie : ils ont donc décidé de sortir de l’anonymat en mettant en place une structure capable de valoriser leur culture. Cette dernière adhère au réseau des associations culturelles que le gouvernement sénégalais encourage à s’investir dans la valorisation du patrimoine artistique des peuples. Elle compte cinq délégués pour chacune des trois localités de Fongolimbi, Médina Bafé et Dimboli, le président et le vice président étant des habitants de Kédougou. Cette association se veut apolitique et à base ethnique et regroupe l’ensemble de l’ethnie Dialonké. Son président entend donc être le représentant de l’ensemble de l’ethnie par laquelle il est d’ailleurs élu.
L’objet de l’association est la défense et la promotion de la culture Dialonké. Celle-ci part du constat de l’abandon des pratiques traditionnelles et du déclin de la langue Dialonké en particulier chez les nouvelles générations. Les fondateurs de l’association et ses membres ont donc été amenés à réfléchir sur les causes de ce phénomène afin de trouver des solutions pour endiguer ce phénomène. Les membres de l’association se réunissent une fois par mois pour discuter de l’état de la culture Dialonké, insister sur l’importance de la transmission du savoir des anciens aux jeunes générations car, comme le dit le vice président Fodé Keita, « il ne faut pas attendre que la bibliothèque brûle pour aller se documenter ». La radio dialonké contribue fortement à cette prise de conscience. En effet, tous les samedis soirs, de 20h à 22h sur la fréquence 98.6 FM, la radio Dunya (« Monde » en dialonké) permet à l’animateur dialonké de débattre avec ses auditeurs de l’avenir de la culture de leur ethnie. Les appels sont nombreux et les auditeurs appellent chaque semaine de tout le Sénégal.
L’association entend également privilégier la préservation de la langue dialonké. Pour ce faire, une demande a été déposée au ministère de la culture afin que cette dernière soit codifiée. Le ministère a assuré son soutien à cette démarche et l’association attend actuellement que des fonds soient débloqués.
L’association est également à l’origine de l’organisation des Journées culturelles de Fongolimbi qui se déroulent en 2006 du 28 au 30 Avril. Ces journées sont l’occasion pour tous les membres de l’ethnie de se retrouver et de faire découvrir tant aux autres ethnies qu’aux étrangers leurs danses, leurs chants,… Quelques personnes qui maîtrisent le français sont chargées d’expliquer la signification des danses, du costume, des masques, aux gens qui souhaiteraient s’informer. L’on sent donc chez les Dialonké une véritable volonté de promouvoir une culture dont ils souhaitent absolument conserver certains aspects.

L’éthnie Coniagui

Population
Selon un recensement en 1988, les Coniagui étaient plus de 1 100 au Sénégal.

Langue parlée
Cette population appartient, comme les Bassari, les Bédick, les Bola et les Badiaranké au groupe ethno-linguistique tenda.

Localisation géographique
Ils sont en fait beaucoup plus nombreux en Guinée. En dehors de quelques communautés émigrées à Kédougou, à Tambacounda et dans quelques villages des environs, les Coniagui du Sénégal vivent dans le village de Baque-Baque situé à proximité du village bassari d’Oubadji.

Historique
Les clans représentés à Baque-baque se nomment Sankoli, Boiro, Mané, Sané et Touré. Ces noms se retrouvent aussi chez les Peuls, les Manding et les Diola de Casamance. Certains clans comme les Sané sont en fait les anciens membres du clan diola des Coly qui ont fui la Casamance au moment des invasions peules et se sont réfugiés chez les Coniagui. Afin d’effacer la honte de leur fuite, ils ont changé de nom. Cette circulation des clans entre les différentes ethnies et les nombreux noms claniques que l’on retrouve d’une ethnie à une autre attestent de la fragilité de la proximité entre les différents peuples de la région et leur perméabilité aux influences étrangères.

Religion
Comme les Bassari, ils ont pour ancêtre totémique le caméléon. Ils n’ont évidemment pas le droit de le tuer.

Principaux rites et fêtes :
Les fêtes pratiquées ont trait aux mariages et aux activités agricoles. Lors d’un mariage, les masques lukuta protecteurs de la jeune fille sortent et accompagnent celle-ci en dansant jusqu’à la maison de son mari. Lors des fêtes qui ont lieu au moment des récoltes et des semailles, les masques sortent aussi pour encourager les villageois au travail. En période d’hivernage, les soirées au village sont consacrées à la danse et aux libations de bière de mil et d’hydromel.

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